Mordillement

 

Chien qui mordille : contrôle et inhibition de la morsure

 
 
Ah le mordillement ; tout un poème !
Il est rare qu'un propriétaire de chien - surtout de chiot - n'ait jamais eu à subir ce comportement qui devient vite envahissant et pénible.
Autant le dire tout de suite, le mordillement est un comportement naturel chez le chiot. Et non seulement il est naturel mais il est aussi nécessaire.

Cet article vous aidera à comprendre pourquoi les chiots mordillent et vous expliquera différentes méthodes pour que ce comportement naturel ne devienne pas une mauvais habitude.

Chiot qui mordille un autre chiot
source : http://nosamisleschiens.fr

POURQUOI LES CHIOTS MORDILLENT ?

La première raison est que la mâchoire est le seul moyen de préhension du chien. Il peut certes coincer diverses choses entre ses pattes mais s'il veut prendre, peu importe quoi, il ne pourra utiliser que sa mâchoire pour le faire.
C'est aussi par cette mâchoire qu'il va pouvoir identifier certains éléments de son environnement. La texture, le goût et la solidité sont autant de facteurs qui vont venir compléter la représentation cognitive du chien.

Le mordillement a aussi une fonction physiologique.
Le mordillement exercé sur des congénères va permettre au chiot d'apprendre à contrôler la pression de sa mâchoire et à pouvoir auto-réguler son besoin de mordiller. Ce qu'on appelle le contrôle et l'inhibition de la morsure.

UNE APPROCHE ÉTHOLOGIQUE NÉCESSAIRE DU MORDILLEMENT

Il m'est arrivé d'entendre et de lire souvent que face à un chiot qui mordille, il suffit de se détourner, de l'ignorer et cesser toute interaction avec lui. Et que la répétition de ces comportements va permettre d'apprendre au chiot que pour obtenir quelque chose, il ne doit pas mordiller (Principe de Premack ou loi de grand-maman : si tu veux du dessert, mange ta soupe).
Le problème de cette méthode est qu'elle limite énormément l'apprentissage, et donc l'efficacité.
À aucun moment il n'est proposé de travailler sur le contrôle de la morsure et de se pencher sur la fonction physiologique du mordillement. On ne fera donc que considérer que ce comportement chez le chiot est nuisible et qu'il doit disparaître par punition négative.

Comme le renforcement positif, la punition négative fait partie des méthodes de dressage par conditionnement opérant. L'un et l'autre vont d'ailleurs souvent de paire. Je récompense pour renforcer, j'ignore pour punir. Plus de précision dans mon article Dressage, éducation, renforcement positif : Ce que ces termes veulent réellement dire.
La punition négative consiste à retirer un stimulus appétitif (des caresses et de l'attention, par exemple) pour rendre moins probable la reproduction d'un comportement. Ignorer un chien et se détourner de lui quand il mordille est une punition négative.

L'autre problème de cette méthode est qu'en n'apprenant pas au chiot à contrôler sa morsure, cela peut augmenter la probabilité qu'une morsure soit vraiment dangereuse.

Une approche éthologique va permettre de comprendre le lien qu'il peut y avoir entre le mordillement d'un chiot et certains apprentissages naturels. Cela participe au développement du chiot, sur le plan cognitif comme physiologique.
Cette approche éthologique découle directement de l'observation des interactions entre les chiots et entre chiots et congénères adultes. À partir de là, nous pouvons en tirer un enseignement sur la manière dont les chiots apprennent naturellement à contrôler et à inhiber leur morsure.

JEUX ET MORDILLEMENT CHEZ LES CHIOTS

Entre la 5ème et la 6ème semaine, il est fréquent de voir des chiots commencer à se livrer à des jeux de combat et/ou de poursuite. Leurs comportements sont encore maladroits et ils se laissent vite déborder par leur excitation.

INHIBITION DE LA MORSURE OU MORSURE INHIBÉE

Il arrive que pendant ces jeux, et sous l'effet de l'excitation, l'un des chiots vienne à mordre/mordiller assez fort un autre chiot ; généralement à l'oreille mais ça peut aussi être le cou, une patte ou la queue. Le chien mordu se met alors à pousser un petit cri ; ce qui va avoir un impact direct sur le mordeur.
Il y a alors deux cas de figure qui vont permettre aux chiots d'acquérir une complète séquence comportementale :
  1. Le mordeur stoppe son action
  2. Le mordeur continue son action
    •  les rôles s'inversent. Le chiot qui avait été pris pour cible devient "l'agresseur" et le mordeur devient le mordu.
    •  la mère intervient pour interrompre d'elle-même le comportement du/des chiots. Pour cela, elle peut grogner, immobiliser voire pincer/mordiller à son tour.
La séquence comportementale se découpe alors de la manière suivante : 
  1. Phase appétitive : le chiot est excité et a envie de mordre
  2. Phase consommatoire : le chiot mord/mordille
  3. Phase d'arrêt : grâce au cri du mordu ou à l'intervention de la mère, le chiot stoppe son comportement
Il est indispensable qu'un élément extérieur vienne interrompre la phase consommatoire. Sans cela, le chiot n'aura pas appris à stopper de lui-même le comportement consistant à mordiller ; ce qui le bloquerait en phase consommatoire.
L'acquisition de cette phase d'arrêt permettra par la suite au chiot d'auto-réguler son propre comportement. C'est ce qu'on appelle l'inhibition de la morsure ou morsure inhibée.

CONTRÔLE DE L'INTENSITÉ DE LA MORSURE

Pendant les jeux de combat/poursuite dont je parlais plus haut, le chiot va donc s'apercevoir que sa morsure est douloureuse (le mordu crie). Ce qui a pour conséquence un retournement de situation (le mordeur devient le mordu), l'arrêt du jeu et/ou une réprimande de la mère. Sur ce dernier point, même si parfois les interventions peuvent sembler brutales, une mère contrôle parfaitement ce qu'elle fait. Il n'y a ni brutalité, ni colère.  
Le chiot assimile assez rapidement que quand il mord de cette façon il est perdant. Pour autant, sa mâchoire est toujours son seul moyen de préhension. Il va donc falloir qu'il apprenne à contrôler l'intensité de sa morsure s'il ne veut pas provoquer un arrêt du jeu ou une punition.

Deux éléments vont lui permettre d'arriver à ce résultat :
  • quand il mord assez fort, il provoque un cri chez un chiot ou un grognement chez un adulte
  • quand il est mordu assez fort, il a mal et pousse un cri
Ces deux informations vont être déterminantes pour que le chiot puisse peu à peu apprendre à auto-contrôler l'intensité de sa morsure.

CONCLUSION DE L'APPROCHE ÉTHOLOGIQUE

Le contrôle et l'inhibition de la morsure sont des apprentissages naturels et indispensables pour qu'un chiot puisse de par lui-même contrôler l'intensité de la morsure et réguler par lui-même le comportement de mordillement en sachant s'arrêter.
Ce qui amène à dire qu'un chiot séparé trop tôt de sa mère et de sa fratrie aura beaucoup de mal à auto-réguler un comportement comme à auto-contrôler l'intensité de ce comportement.
Un chiot ne doit jamais être retiré de son environnement familial intraspécifique avant l'âge de 8 semaines. Cependant, je préconise d'attendre la fin de la socialisation primaire, aux alentours de la 12ème semaine, pour adopter un chiot.

L'observation montre que ces apprentissages naturels dépendent de la perception d'éléments extérieurs (cris, arrêt du jeu, punition par la mère) et de la manière dont le chiot va pouvoir en tirer des expériences qui vont l'amener à modifier son propre comportement.

Ce dernier point est extrêmement important car il permet de comprendre que contraindre un chiot à ne pas mordiller ne lui permettra pas de pouvoir de lui-même modifier l'intensité de ce comportement et d'acquérir naturellement une phase d'arrêt. Contrôle et inhibition de la morsure.

LE CHIOT VOUS MORDILLE, C'EST UNE CHANCE !

Tout d'abord, il est tout à fait normal qu'un chiot mordille. Comme dit en introduction de cet article, c'est un comportement naturel mais aussi nécessaire. Mais avant...

UN PETIT MOT SUR LES CROYANCES ET MÉTHODES DE QUELQUES PROFESSIONNELS

C'est un fait, certains professionnels semblent encore convaincus que le mordillement est une tentative du chiot pour dominer son propriétaire. Encore faudrait-il expliquer à ces professionnels qu'aucun petit dans l'ensemble du monde animal ne peut être dominant. Dominant est un rang dans une organisation sociale hiérarchisée et non un trait de caractère ; et pour qu'un individu soit dominant, il lui faut les compétences nécessaires : savoir chasser, pouvoir se reproduire, assurer la survie du groupe. De ce fait, aucun lionceau, aucun gorillon, aucun louveteau ne peut être dominant.
D'autres professionnels ont tendance à suggérer au propriétaire de faire cesser les mordillement du chiot le plus vite possible. J'ai parlé de punition négative plus haut mais d'autres méthodes peuvent être conseillées. Coincer la mâchoire du chiot, l'obliger à se coucher sur le dos en le maintenant, lui mettre une tape sur le museau, lui dire un non ferme, l'ignorer et j'en passe.
Aucune de ces méthodes ne se soucie un seul instant d'éthologie et d'apprentissages naturels. Pire, aucune de ces méthodes ne va permettre au chiot d'expérimenter pour apprendre à contrôler sa morsure. Au mieux, elles ne feront qu'inhiber son envie de mordiller.

LE CONTRÔLE ET L'INHIBITION DE LA MORSURE AVEC LES HUMAINS

Si le chiot n'a pas été retiré trop tôt à sa mère et à sa fratrie, il aura normalement appris le contrôle et l'inhibition de la morsure. Oui mais avec les chiens. Le chiot ne peut pas deviner tout seul que la peau humaine est bien plus sensible que la peau d'un chien. De plus, de par son jeune âge, il peut toujours se laisser facilement déborder par son excitation et avoir du mal à abandonner la phase consommatoire pour entrer dans la phase d'arrêt.
Alors c'est vraiment une chance qu'il mordille encore. Ce faisant, le propriétaire va pouvoir en profiter pour continuer ce que le chiot avait commencé avec ses congénères et parfaire ainsi sa capacité à arrêter de lui-même le mordillement comme à en contrôler l'intensité... sur les humains.

Et pour cela, il suffit de s'inspirer de ce que la nature a prévu pour l'apprentissage des chiots. 

D'ABORD LE CONTRÔLE...

Si à un moment ou un autre le chiot se met à mordiller une main qui "traîne", il va falloir en profiter. Dès qu'il commence et sans retirer la main, je suggère de pousser un "aïe" bien sonore et aigu ; inutile de hurler pour autant. Normalement, le chiot doit s'arrêter. Il se peut même dans certains cas que le chiot se mette à lécher la main qu'il avait commencé à mordiller. S'il s'arrête de lui-même alors l'interaction peut reprendre son cours.

S'il ne s'arrête pas voire s'il augmente la pression de sa mâchoire, alors il faudra lui pincer l'oreille. L'endroit est assez sensible et la pression n'a pas besoin d'être trop grande pour amener le chiot à rapidement pousser un petit cri. Inutile donc d'être brutal. Comme pour sa mère, il faut savoir contrôler ses gestes pour que le chiot apprenne lui aussi à contrôler les siens. Et c'est exactement ce qu'on veut lui apprendre par ce moyen.

Ces exercices sont à répéter autant de fois que nécessaire jusqu'à ce que le chiot arrive à contrôler de lui-même la pression de son mordillement.

...ENSUITE L'INHIBITION

Que le chiot ait acquis le contrôle de la morsure est une chose, ça ne l'a pas dispensé pour autant de mordiller. Ce qui est bien normal puisqu'il fallait qu'il mordille pour lui apprendre le contrôle.
Il peut donc arriver, ne serait-ce que pour capter l'attention, que le chiot se mette encore à mordiller. La pression aura diminué avec le contrôle de la morsure mais le comportement peut rester désagréable. Surtout si on a plutôt envie d'être tranquille ou qu'on est en train de faire quelque chose qui requiert de la concentration. Malgré cela, surtout ne jamais s'énerver. Ce serait complètement contre-productif.

Il suffit alors de cesser immédiatement toute interaction avec le chiot, de se détourner de lui et de l'ignorer complètement. Pas un regard, pas un mot, pas un geste dans sa direction, rien. Le chiot doit comprendre de lui-même qu'en mordillant, il n'obtient rien. Pire, son être d'attachement s'éloigne de lui. Il devrait rapidement changer de stratégie.
Entretemps, il aura appris à auto-réguler son comportement.

J'insiste vraiment sur le fait qu'il faut d'abord laisser mordiller le chiot. Il sera impossible de lui apprendre à contrôler sa morsure autrement. Seulement après, une fois le contrôle acquis, on peut commencer à travailler sur l'inhibition.
Je rappelle aussi qu'en cas de morsure, surtout si le chiot est devenu un adulte à la mâchoire beaucoup plus puissante, l'absence de contrôle peut être désastreux. Toute méthode qui ne ferait qu'inhiber le mordillement chez un chiot est de ce fait incomplète et dangereuse.
 

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Commentaires

08.09 | 15:07

bonjour je cherche un berger yougoslave à adopter . n'hésitez pas à me contacter simon

...
08.09 | 02:51

Bonjour,
Pouvez m en dire un peu plus sur mousse, son caractere son histoire de vie, je cherche a adopter un st bernard jeune de preference.

...
15.07 | 11:32

Bonjour,
je cherche à adopter un Léonberg, j'ai un grand terrain et beaucoup de temps.
Contactez moi si vous avez des pistes!
Merci beaucoup.

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08.07 | 10:04

Bonjour contactez moi par tel: 06 66 02 34 57

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