Parlons comportement

Peut-on trop récompenser ?

Je ne pense pas qu'on puisse trop récompenser, mais on peut mal récompenser. Je parlerai ici uniquement de récompenses gustatives, et non de jouets ou autres possibilités de récompenses.

Y a les "hypo-bonbons"

Certaines personnes ont de la réticence à récompenser leur chien. Encore, les premières fois, pour obtenir un assis, par exemple, ça passe. Mais après deux-trois répétitions, ils s'impatientent et évoquent souvent certaines inquiétudes (légitimes) :

  • si je récompense trop, il va grossir

Réponse : c'est vrai que pour certains exercices ou à certaines périodes, on a besoin de récompenser beaucoup. Dans ces cas-là, prévoyez des récompenses peu caloriques et n'hésitez pas à diminuer les rations en conséquence. L'idéal (pour ceux qui utilisent comme récompense l'alimentation quotidienne du chien -croquettes ou barf) est même de préparer la ration du chien à l'avance et de prélever les récompenses de cette ration. Ainsi, il aura toujours la même quantité à la fin.

 

  • si je récompense trop, il ne pensera qu'à la nourriture

Réponse : c'est pour ça qu'il faut apprendre à diminuer petit à petit les friandises. Mais on ne passera pas de tout à rien. On gardera les friandises tant que le comportement n'est pas bien compris. Une fois qu'il est acquis, on passera en mode aléatoire : le chien ne sera plus récompensé qu'une fois sur deux, une fois sur trois, puis une fois de temps en temps, puis plus du tout ou très rarement pour certains apprentissages.

Le jeu de hasard

Ce "jeu" de l'aléatoire a tendance à fixer le comportement qu'on désire apprendre au chien, car le chien "jouera" toujours pour voir s'il peut gagner ou pas, comme on joue aux "pinces" dans les fêtes foraines, même si on sait qu'on perd souvent.

Petite astuce indispensable, travaillez sans nourriture à la main, que le chien ne sache jamais si une croquette va surgir de votre poche ou non. Les chiens qui ont tendance à ne pas faire ce qu'on leur demande sont ceux qui ont des indices trop évidents : "Croquette à la main, je sais que je vais être récompensé, je fais. Pas de croquette, je sais que je ne serai pas récompensé, je ne fais pas." Si vous n'avez jamais de croquette à la main, le chien devra faire le pari, et constater que même quand vous ne tenez rien, il peut être récompensé. Pour garder la comparaison des "pinces", imaginez qu'il y ait des écriteaux sur les machines "ici on gagne à chaque fois" et "ici on ne gagne jamais". Bon, ben une fois que vous aurez vérifié que les panneaux ne mentent pas, vous aurez vite fait de vous désintéresser de celle où on ne gagne jamais (et aussi, un peu plus tard, de celle où on gagne toujours, parce qu'à la 50e peluche, vous vous lasserez un peu...). Alors que s'il n'y a rien marqué, et que le gain est aléatoire, le pari en lui même devient un jeu très addictif. C'est exactement le même principe pour un chien.

  • si je récompense trop... il pourrait apprendre dans le plaisir

J'ai l'air de plaisanter, là, mais je pense vraiment que certains ont tellement la notion d'obéissance en tête que ça les embête presque que le chien apprenne dans la joie et non dans l'autorité. Devoir et plaisir sont souvent incompatibles dans notre société judéo-chrétienne où il faut enfanter dans la douleur et où la passion populaire a encore des teintes de  Passion philosophique, voire de Passion théologique.  (Ok, instant "terminale littéraire". Passion vient du grec Pathos : souffrance, supplice. La Passion du Christ, c'est le supplice du Christ. Et au sens classique et philosophique du terme, la passion, c'est la passivité de l'esprit et de la volonté face aux pulsions comme la colère ou la luxure.)

Ces notions entremêlées depuis des millénaire n'ont pu qu'avoir des conséquences sur notre inconscient. Résultat, dans notre société, prendre du plaisir à faire son devoir, c'est encore un peu mal vu. Pas consciemment, bien sûr, mais inconsciemment, ça nous gène un peu, quand même. C'est un peu sale... (la preuve, c'est que tout le monde trouve normal, voire légitime, que quand on fait un métier "Passion", on gagne très mal sa vie. Déjà qu'on se fait plaisir au quotidien, faut quand même bien qu'on souffre un peu...). Parenthèse "fac de philo" terminée.

Ramené au chien, on veut imposer son autorité, et on veut que le chien obéisse par soumission, dévotion, obligation, "obéissance" (ce mot qui ne veut rien dire, mais qui est sur beaucoup de lèvres)... Mais pas par plaisir... c'est louche. Ou alors si, par plaisir pur, intrinsèque, mais pas par "appât du gain". C'est là que le bât blesse. Parce qu'un chien ne peut prendre du "plaisir pur et intrinsèque" à s'asseoir sur ordre ou à lâcher un os. Tout comme vous ne prenez pas de plaisir pur à remplir de la paperasse ou à faire votre lit (enfin, pas moi, en tous cas !).

Quand la récompense devient Renforcement

Yéti (ici au GPF d'Obé Rythmée) prend un vrai plaisir à marcher au pied

Yéti (ici au GPF d'Obé Rythmée) prend un vrai plaisir à marcher au pied,

Voilà ce qui se passe dans la tête du chien : au début, bien sûr, il "obéira" par appât du gain. Surtout pour un comportement peu naturel ou qui lui demande beaucoup. Et puis si vous travaillez bien, au fil des mois (je dis bien au fil des mois, et non pas au fil des heures ou des jours), la valeur de la récompense se transférera sur l'action. Bientôt, l'action même, le fait de faire quelque chose avec vous et pour vous deviendra sympa, ou du moins facile et quasi automatique. Même si cette action n'est plus "payée" systématiquement. Parce que ce comportement aura été tellement de fois récompensé qu'il sera associé à quelque chose de chouette et de positif. On appelle cela le "renforcement". Un comportement récompensé est renforcé, et plus il est récompensé dans le temps (à bon escient), plus il est renforcé.

Soyez poli avec votre chien

On nous demande souvent "jusqu'à quand je devrai lui dire que c'est bien ?" Mais toujours ! Jusqu'à la fin de sa vie ! Pourquoi, c'est si difficile pour vous de dire à votre chien que vous êtes fier de lui ? Je le répète, toujours, jusqu'à la fin de sa vie, il faudra lui montrer qu'on est content de lui. Beaucoup de gens nous disent "il sait s'asseoir, je ne vais pas le récompenser pour ça, c'est normal".

Alors 1/ non, ce n'est pas "normal" pour un chien de s'asseoir sur ordre et de ne pas se relever quand il veut. C'est un comportement totalement acquis et pas naturel. 2/ même si ça devient facile pour lui, il doit lire notre contentement. C'est juste de la politesse. Soyez poli avec votre chien. Quand quelqu'un m'apporte une boisson, je lui dis "merci", même si c'était facile pour lui. Et si j'arrête de lui dire merci, il va commencer à me trouver pas très sympa. Alors, si je suis son patron, il continuera à le faire en râlant. Si je suis son amie, il pourrait bien finir par m'envoyer paître. Vous pouvez être le patron et/ou l'ami de votre chien, mais dans les deux cas, ça ne vous empêche pas de reconnaître et encourager la valeur de ses efforts !

Dites-lui quand c'est bien !

Dites-lui quand c'est bien !

Et puis y a les "hyper-bonbons"

Je m'attarderai moins sur les "hyper", mais certaines personnes récompensent, plutôt que trop souvent, pas au bon moment ; ce qui peut avoir plusieurs conséquences néfastes (le chien ne fait plus rien sans croquettes, le chien est totalement blasé, le chien réclame en permanence...)

Le bon moment

On doit faire attention au timing, lorsqu'on récompense. Récompenser tout, tout le temps, ce n'est plus récompenser, c'est donner de la nourriture. Par exemple, lorsque votre chien apprend à marcher au pied, pourquoi pas lui donner une croquette tous les pas ? Mais un an plus tard, lorsqu'il sait faire, si vous continuez à donner une croquette tous les pas, il va simplement se dire "tiens, de la bouffe gratos". Le comportement sera sans doute acquis, mais la récompense perdra totalement de son sens (vous pouvez en revanche continuer à récompenser de temps en temps, surtout si le chien a fait un effort particulier).

Le bon endroit

Il faut aussi faire attention à l'endroit où l'on récompense. Si on demande à son chien de se mettre au pied et que l'on récompense quand il est face à soi, il apprendra simplement à venir se placer en face, là où les récompenses tombent. Ca paraît évident, mais la plupart des gens font l'erreur : "au pied" (le chien se met au pied sur quelques pas) "bravo !!!" (le chien repasse en face du maître pour gagner sa récompense, et il la gagne... Sauf qu'il n'est plus au pied ! On lui apprend donc à quitter le pied, et non pas à se mettre au pied.)

De même, continuer à récompenser son chien à la friandise pour un rappel tout simple sans stimulation alors qu'il sait le faire depuis des mois, c'est simplement banaliser la récompense. Attention, ici je parle du quotidien, de la vie de tous les jours, pas d'une séance de travail spécifique où on veut que le chien soit parfaitement affûté, ou d'une situation particulièrement difficile pour le chien. Par exemple, je récompense et je récompenserai sans doute à vie Yéti dans trois contextes :

- Quand elle se retient d'aboyer quand on sonne à la porte

- Quand elle est "sage" si on croise un chien qui lui fait peur ou qu'elle n'aime pas

- Quand elle trouve quelque chose de particulièrement bon à manger et qu'elle le laisse

En conclusion, je dirais qu'il faut à la fois se déculpabiliser de récompenser son chien par de la nourriture, et mieux réfléchir aux occasions où on le fait. Car oui, la nourriture peut-être à double tranchant, et non, ce n'est pas un outil si facile que ça à maîtriser. Il ne faut pas en avoir peur, mais il faut l'apprivoiser et apprendre à l'utiliser.

Je n’aime pas les clubs canins

Je n’aime pas les <strong>clubs canins</strong>, …

Je n’aime pas les clubs canins, peut-être pour de mauvaises raisons, plus par a priori qu’autre chose, seulement, les faits sont là : je n’aime pas les clubs canins et j’aimerais vous dire pourquoi.

Le premier point qui est particulièrement dérangeant, c’est le manque de transparence. Un club canin est une association, dont les membres sont bénévoles et dont le but est censé être la participation à des compétitions sportives. Par exemple : il existe des clubs qui ne font que des sports de tractions (cani-cross, cani-vtt, …). Si on s’arrête là, combien de clubs indiquent clairement s’ils sont une association ?

Aucune personne allant dans un club ne devrait penser avoir affaire à un éducateur canin. Soyons d’accord : être éducateur canin officiellement signifie avoir un certificat de capacité, dont le niveau reste à la portée de tout le monde. Ce n’est donc pas un gage de qualité, mais au-delà de la qualité, en tant que « client », il est intéressant d’avoir cette transparence et qu’un bénévole ne se présente pas comme un professionnel et vis-versa.

Le second point qui me parait hallucinant, ce sont les prestations proposées. Imaginez une seconde, un plombier ayant à faire face à cette situation : une personne propose de réparer la plomberie, pour un prix modique. Cette personne ne payera pas d’impôts, de charges, de cotisations ou quoique ce soit qui ressemble à cela. Le plombier, lui, il doit donner de l’argent et puis, c’est son métier, il en vit, alors forcément, ses prix vont en conséquence et on lui explique qu’il est fou d’être aussi cher ! Vous voyez la concurrence déloyale ? Après, tout, l’autre fait tout pareil, mais pour pas cher. La seule différence, c’est que l’autre personne est bénévole dans le club des adorateurs de plomberie… Il a un métier dont il vit le reste du temps (d’ailleurs si un bénévole lui piquait ses clients, ça ne lui plairait pas du tout !). Voilà ce qu’il se passe régulièrement entre les clubs et les éducateurs canins et ça n’a pas l’air de choquer grand monde. Enfin si, on dit que les éducateurs sont hors de prix …

Le souci c’est que j’ai commencé par présenter les clubs comme l’endroit où l’on pratique un sport et malheureusement, les clubs sont devenus « l’endroit où l’on socialise », « l’endroit où l’on éduque » et parfois même « l’endroit où l’on règle des soucis de comportements », … A tel point que certains clubs ne semblent plus proposer de sports …
Est-ce normal ?

Mais en plus, il y a troisième point qui me dérange énormément. On ne peut qu’être déçu que certains éducateurs ne renouvellent pas leurs compétences et continuent d’employer certains concepts malgré les découvertes faites en éthologie. Néanmoins, la plupart des éducateurs ont l’obligeance d’indiquer leurs parcours et leurs diplômes, ce qui peut permettre de savoir « où ils en sont ».

En regardant dans des sites des clubs, on trouve des mentions qui sont loin d’être claires … Il y a par exemple « éducateur 1er degré », en réalité, l’intitulé du diplôme est « moniteurs en éducation canine du 1er degré » mais « éducateur » c’est plus « clair » … Pour information ce « titre » correspondait à 3 jours de formation dont 5 heures dédiées à l’éducation.

Plus inquiétant encore à mon sens, « spécialiste comportements gênants », suite à une formation d’une journée donnée par un vétérinaire. Ainsi, on se retrouve face à des personnes qui se déclarent « éducateur » et « spécialiste comportements gênants », de quoi impressionner les personnes arrivant au club. Comment pourraient-elles avoir conscience que derrière ces titres ronflant, il y a 4 jours de formation à peine ? Dont une grande partie n’est d’ailleurs pas dédiée au comportement ou à l’éducation, mais au fonctionnement du club en lui-même …

Il n’est pas très étonnant qu’après, des personnes totalement perdues, nous disent : « Mais c’est l’éducateur qui a dit que … ». Educateur bénévole ne connaissant pas son sujet … qui peut par ailleurs être quelqu'un de très bien, voulant bien faire et n’ayant pas forcément conscience de l’autorité gagné à l’aide de ces « titres » ou de ses propres lacunes. Malheureusement, si l’expérience est une très bonne chose, elle ne se suffit pas à elle-même. Les femmes naissent avec un vagin, elles ne sont pas pour autant gynécologue. Eduquer un chien au quotidien, performer en compétition, être intéressé par l’éducation canin, ça ne fait pas automatiquement des personnes de véritables éducateurs canin ou comportementalistes.

Je ne crois pas que les clubs soient une mauvaise chose en soit. Je ne crois pas que les éducateurs professionnels soient forcément mieux ou que tout est perdu au sein des clubs. Seulement, je pense qu’il serait agréable qu’il y ait au moins davantage de transparence sur les compétences, les temps de formation ou au grand minimum sur les méthodes employées au sein de chaque club.

Alors en tant que « client » du club ou d’éducateur, pensez à regarder les formations et à vous poser quelques questions. A quoi correspond telle ou telle appellation ? Quelles sont les méthodes employées ? Et au passage : comment fonctionnent-elles ?

Et n’oubliez pas …

Vous êtes responsable de la sécurité de votre chien. Si un éducateur, un bénévole ou n’importe qui lui fait quelque chose qui vous dérange, vous met mal à l’aise, vous inquiètes, vous avez le droit (le devoir !) de l’arrêter et de partir. Et n’engagez pas de grosses sommes avant de vous assurer des méthodes employées et d’être sûr qu’elles vous conviennent réellement !

Saviez vous que…
… L’éducation des chiens à base de récompenses a des effets positifs sur leur comportement et augmente leurs capacités d’apprentissage. En effet, les chiens qui sont éduqués par des méthodes basées sur la récompense des bons comportements et avec patience, interagissent plus avec les personnes qu’ils ne connaissent pas, sont plus joueurs et sont plus performants lorsqu’ils doivent apprendre un nouvel exercice, comparés aux chiens éduqués par la réprimande physique.

Etude réalisée par:
N. J. Rooney & S. Cowan, Groupe d’Etude du Comportement et du Bien-être Animal – Université de Bristol (Royaume-Uni)

“Training methods and owner-dog interactions: Links with dog behaviour and learning ability”
Applied Animal Behaviour Science (2011).

 

Saviez vous que…
… L’utilisation de méthodes d’éducation basées sur la confrontation et aversives (désagréable, douloureuses, basées sur la violence physique et psychologique) peut provoquer des réactions d’agression par peur ou par défense chez le chien.

Etude réalisée par:
E. Heron et son équipe – Université de Médecine Vétérinaire, Philadelphie (Etats-Unis)
“ Survey of the use and outcome of confrontational and non-confrontational training methods in client-owned dogs showing undesired behaviors ”
Applied Animal Behaviour Science (2009).

 

Un récent article, publié en 2013, fait un état des lieux de l’agressivité des chiens envers les humains dans 3 différents contextes : 1. envers un membre de la famille 2. envers une personne non familière qui entre dans la maison et 3. envers une personne non familière à l’extérieur, c’est à dire en promenade.

Et voilà ce que concluent les auteurs:

A. L’utilisation de quelque méthode d’éducation que ce soit qui emploie la punition positive et le renforcement négatif induit une augmentation de 2.2 fois le risque d’agression sur les personnes non familières hors de la maison.

B.  « Pour les chiots, avoir suivi une classe pour chiot au moins 2 fois avant leur 3 mois induit une réduction de 1.6 fois le risque de montrer des signes d’agression envers les personnes non familières [...]« 

C. Alors que par contre, chez les chiens adultes, aller à des cours d’obéissance au moins 4 fois est associé à une augmentation de 1.7 fois des risques d’agression envers les membres de la famille. »

Les auteurs proposent que les points B et C s’expliquent par le point 1 => dans la majorité des clubs, les méthodes éducatives sont douces dans les classes pour chiots, et passent ensuite subitement à des méthodes coercitives pour les chiens adultes.

Source : Casey et al 2013, Human directed aggression in domestic dogs (Canis familiaris): Occurence in different contexts and risk factors, Applied Animal Behaviour Science

Voilà donc, s’il en fallait encore pour vous convaincre, une étude scientifique récente et appliquée qui apporte des données scientifiques montrant la forte association entre méthodes coercitives et problèmes comportementaux chez le chien.

Faites toujours attention aux structures dans lesquelles vous allez, ou aux professionnels que vous contactez, pour éduquer votre chien. Ne laissez jamais qui que ce soit utiliser la brutalité physique ou psychologique sur votre chien.

Meute, dominance.. qu’est-ce que c’est ? Et cela s’applique-t-il au chien ?

On entend souvent dire: “Mon chien est un dominant” ou encore “Il faut être le chef de meute”! Affirmations dites avec aplomb, acceptées comme une sorte de vérité générale. Mais qu’en est-il réellement ? Que peut nous apprendre la science quant aux relations des chiens entre eux, et des chiens avec les humains ?

 1) Parlons déjà de la notion de dominance / subordination

Le caractère de dominant ou subordonné existe chez de nombreuses espèces animales, mais encore faut-il savoir le définir correctement et surtout l’utiliser correctement. En fait, en éthologie, on parle de statut de dominant et de subordonné comme résultante d’une interaction entre deux individus.

Il ne s’agit pas d’un caractère fixe, ni d’un trait de tempérament. L’impulsivité, la témérité, ou au contraire la timidité sont des traits de tempérament propres à chaque individu qui peuvent avoir un poids sur l’orientation d’une interaction. Mais en aucun cas on ne peut parler de trait fixe dans toutes les situations. Un même individu peut ressortir dominant d’une interaction un jour ou pour un sujet de convoitise précis, car il est plus motivé, mais pas le lendemain, car il sera plus fatigué, ou sera moins motivé. Un même individu peut être dominant face à un individu A, mais subordonné face à un individu B. Bernstein écrivait dès 1981: « la dominance n’est pas en soi un trait mais une propriété émergente d’une relation » et « chaque animal a ses priorités même si elles changent avec le temps ».

 

2) Passons maintenant à la notion de hiérarchie de dominance

Et oui, cette notion est essentielle, car il ne faut pas confondre la notion de dominance/subordination avec celle de hiérarchie de dominance. En éthologie, la hiérarchie de dominance, lorsqu’elle existe dans un groupe, est définie comme suit: c’est une hiérarchie établie à partir de l’ensemble des relations (de dominance/subordination, ndlr) dyadiques au sein d’un groupe stable d’individus de la même espèce.

Attention, notez bien les trois points importants de cette définition scientifique:

1. « ensemble des relations dyadiques« , au pluriel => il ne peut donc pas y avoir de hiérarchie seulement entre deux individus, il faut pour parler de hiérarchie au moins 3 individus, pour pouvoir caractériser les relations unissant A à B, B à C et A à C.

2. « groupe stable » => il n’y a donc pas de hiérarchie qui s’installe sur un groupe de chien se rencontrant pour la première fois lors d’une promenade. Le cas des groupes de chiens qui se fréquentent de façon régulière est plus particulier, mais est-ce vraiment un groupe stable dans tous les cas ? Car ils ne se côtoient pas régulièrement pour toutes les activités du quotidien, et ne sont pas toujours tous au complet, si une famille a eu un empêchement et n’a pas pu venir par exemple, il « manque » donc un chien…

3. « d’individus de la même espèce » => je reviendrai la-dessus un peu plus bas, mais notez simplement qu’humains et chiens ne sont pas de la même espèce.

Et dans tous les cas, lorsqu’on peut parler de hiérarchie de dominance,  il faut savoir qu’il en existe plusieurs types :

- Linéaire: A domine B, B domine C, et A domine C

- Circulaire: A domine B, B domine C et C domine A.

 

Un exemple de différents type de hiérarchie qui peuvent exister

Chez le chien, tous les groupes ne sont pas toujours stables, et ce sont souvent des dyades qui sont observées chez les chiens qui errent librement. Et lorsqu’il y a groupes stables, les hiérarchies ne sont pas fixes et changent souvent, régulièrement, selon les situations. Pour plus de renseignements, n’hésitez pas à lire le chapitre « Ecologie et Socialité du chien » du livre « Comportement et Education du Chien », aux éditions Educagri.

3) Les limites de la théorie de la dominance chez le chien

LIMITE N° 1 : la notion inter-spécifique

La hiérarchie est une notion développée en éthologie pour étudier l’organisation des groupes d’individus de même espèce. A l’heure actuelle, il n’existe aucune preuve scientifique montrant qu’il existe des hiérarchies de dominance dans des groupes inter-spécifiques. N’oublions pas que les chiens sont capables de discriminer des éléments sur leur forme, leur taille et leur odeur. Or les chiens n’ont pas la même forme que les humains, ni la même démarche (marchent à quatre pattes, possèdent une queue, etc etc), n’ont pas la même taille non plus, et ne parlons pas de l’odeur! Les chiens sont capables de discriminer les humains des chiens (et même les individus familiers et non familier). Ils ne nous prennent pas pour des chiens !

(Pour plus d’informations sur les capacités de discrimination des espèces chez les chiens, n’hésitez pas à lire cet excellent article du Dr. Autier-Dérian et al. 2013 en cliquant ici:  visual discrimination of species in dogs )

LIMITE N°2 : la focalisation sur les interactions agonistiques

En effet, cette théorie se base sur les seules interactions agonistiques (=agressives) pour décrire les relations entre les membres d’un groupe. Elle occulte complètement la résultante affiliative des interactions, c’est à dire les interactions agréables, amicales entre les individus. En quoi cela est-il important ? Voici un exemple volontairement simplifié pour que cela soit plus parlant: dans un groupe d’amis humains, ou dans une famille humaine même, les moments de disputes, donc d’interactions agonistiques, ne représentent qu’un faible pourcentage des interactions entre les individus! Et donc caractériser l’ensemble des relations d’un groupe en ce basant uniquement sur la résultante des interactions agonistiques, c’est passer à côté de la majorité des interactions reliant les individus et définissant réellement leurs relations. Le professeur B.Deputte en 2010 a d’ailleurs dit « la cohésion d’une groupe, sa condition d’existence, est maintenue par l’expression de caractères amicaux ».

LIMITE N°3 : La notion de famille meute

Parlons de la notion de famille-meute: une meute est définie en éthologie comme un groupe familial composé des parents et des enfants de l’année N, voire ceux de l’année N-1 qui sont restés pour aider les parents à élever les jeunes. Les individus peuvent s’y reproduire librement, fourrager (= chercher de la nourriture) librement, et quitter la meute librement. On parle alors de famille étendue (Fox, 1975). Mais là encore, on sait maintenant que les loups ne vivent pas tous en meute, certains sont solitaires, ou vont former des groupes temporaires pour chasser collectivement. Le groupe que vous formez avec vos chiens est-il réellement une meute ? Votre groupe de chien est-il réellement une meute ? Chez les fourmis, les oiseaux, les primates, etc etc on ne parle pas de meute, donc il faut faire bien attention à ne pas généraliser un concept de façon inadéquate.

Pour plus de renseignement sur l’organisation sociales des canidés, dont les loups et les chiens, référez-vous au chapitre « Ecologie et Socialité du chien » du livre « Comportement et Education du Chien », aux éditions Educagri.

POUR ALLER PLUS LOIN DANS VOTRE REFLEXION…

Bien d’autres limites pourraient aussi être trouvée, en voici quelques exemples. Mais je ne vais pas rentrer dans le détail, vous laissant plutôt exercer votre esprit critique.

Parlons juste des études réalisées pour mettre en place cette théorie de la dominance homme-chien: elles ont été faites sur des groupes de loups constitués de façon artificielle, en se basant sur les observations des interactions agonistiques uniquement au moment des repas. Puis elles ont été transposées au chien, sans véritable fondement scientifique, pour enfin l’être également à la relation humain-chien… il faut faire attention aux raccourcis rapides, faits sans fondement, car bien souvent ils mènent à des conclusions erronées. Qui plus est, vous semble-il normal d’attribuer à une espèce les règles comportementales d’une espèce avec qui elle partage un ancêtre commun ? Pensez-vous que les humains se comportent entre-eux selon les mêmes règles que les chimpanzés et/ou les bonobos ?

Et surtout, n’oubliez pas que la théorie de la dominance homme-chien est une théorie. Le propre d’une théorie scientifique est de pouvoir être argumentée, mais aussi réfutée, remise en question. Si ce n’est pas le cas, si quelque chose est affirmé sans preuves scientifiques pour l’étayer, si les critiques en sont dénigrées voire refusées, alors il s’agit d’un dogme, et cela n’est plus du tout scientifique. Il ne s’agit pas de dire que cette théorie est fausse, car scientifiquement, un chercheur apprend qu’on ne peut jamais dire que l’on sait tout, qu’il faut continuellement se remettre en question. Mais il s’agit de dire que cela n’est qu’une théorie, et que les preuves scientifiques actuelles ne semblent pas la confirmer, mais au contraire l’infirmer.

Sans parler des liens qui sont faits entre cette théorie et les méthodes utilisées pour l’éducation des chiens, se basant bien-souvent sur la violence, avec toutes les conséquences négatives que cela a sur le bien-être de votre chien. Mais cela est un vaste sujet et fera l’objet d’un autre billet de ce blog !

 4) Ce qu’en pensent les éthologistes spécialisés en comportement canin

Adam Miklosi, 2010

Adam Miklosi est un biologiste hongrois, qui a crée le « Family dog project » c’est à dire « Projet Chien de Famille » avec lequel lui et tous les membre de son équipe étudient de nombreuses problématiques liées au chien, comme la domestication, la comparaison des capacités du chien et du loup, les interactions humain-chien, les capacités cognitives des chiens, etc etc… Il est l’auteur d’un livre très complet sur les connaissance actuelles en éthologie canine: « Dog, behaviour, evolution and cognition ».

Dans une courte vidéo, voici ce qu’Adam Miklosi nous explique:

- L’idée de la dominance homme-chien est venue d’observations menées sur des loups captifs, retenus dans un endroit trop petit et mis en compétition   => induisant beaucoup d’agressivité, & n’étant pas du tout une situation naturelle.

-  Cela a été transposé au chien sans aucune raison !

- Il précise bien qu’il n’est pas nécessaire de voir dans le moindre fait et geste une idée de domination, qui est erronée, car cela n’existe pas entre deux espèces.

John Bradshaw, 2009

John Bradshaw est un scientifique spécialisé dans le comportement animal, et plus précisément sur les problématiques de bien-être animal et l’antropo-zoologie avec l’étude des relations entre humains et animaux. Il oeuvre pour rendre accessible les connaissances scientifiques à tous les propriétaires de chiens ou personnes intéressées par le comportement du chien en écrivant de nombreux livres, et via d’autres média.

Dans un article publié en 2009, dans lequel il a observé les interactions entre un groupe de chiens mâles pendant plusieurs mois, il écrit:

-“La notion de dominance a été utilisée de manière erronée pour décrire un trait permanent d’un individu, même s’il n’y a pas de véritable preuve qu’un tel trait existe.”

-“Des relations par paires sont évidentes, mais aucune hiérarchie globale n’ a pu être détectée.”

- Il propose un autre explication à l’observation de comportements agonistiques entre chiens:

              •Apprentissages associatifs : C’est à dire, de façon très simplifiée « lorsque je me bagarre, j’obtiens tel résultat » ou encore « lorsqu’ untel passe près de moi dans telle situation, pour éviter la bagarre je dois faire telle action (partir, etc etc) »

              •Valeur des ressources qui varient selon les individus : De façon simplifiée ici selon la valeur que va avoir une ressource pour un individu, il cherchera à la garder au maximum, et donc pourra s’engager dans des bagarres. Et donc selon les objets, et les individus, cela donne parfois lieu à bagarre ou non, au vue des apprentissages associatifs faits par les individus au cours des interactions précédentes.

Plus de détails: lisez son article « dominance in domestic dog: useful construct or bad habit? »

Pour conclure cet article, je finirai par ceci :peut-être que voir son chien comme un assoiffé de pouvoir cherchant à dominer tous les autres chiens et tous les humains n’est pas la seule façon qui soit. Bien sur, cela est pratique, une explication pour tous les maux que vous rencontrez! Mais vous pouvez aussi chercher d’autres explications, en vous penchant un peu plus précisément sur ce que votre chien a à vous dire. Vous pouvez aussi le regarder et  voir en lui un chien, un compagnon qui partage votre vie, un membre du groupe que vous formez avec votre famille, vos autres chiens et chats par exemple, voire même, un ami. Dans tous les cas, gardez toujours un esprit critique face à ce que l’on vous dit, posez des questions, poussez les personnes dans leurs retranchement!

 

 

Dans cette rubrique, je vous propose des sujets sur nos compagnons à 4 pattes et je répondrais à vos questions. le but n'est pas de se facher mais d'échanger et de répondre aux idées reçu du comportement canin.

Commentaires

11.04 | 14:01

Bonjour,
Nous aimerons adopter un gentil leonberg. Maison à la campagne avec terrain, chats et un enfant.
Ideal: bébé, mâle.

...
20.02 | 17:39

bonjour, Oui je suis taxi animalier également. cdlt

...
20.02 | 16:25

Bonjour, les différents annuaires animaliers vous présentent comme taxi animalier, hors je ne vois rien sur votre site, mis a part votre CAPTAV, l'êtes-vous?

...
12.11 | 11:09

Pouvez vous m'envoyer des photos sur mon adresse email
Cpriat@gmail.com
0628336109
Cdt

...